« Santo Eustello » - Agir pour connaître

Publié le par Le Myosotis libre

Fondation de notre Loge et éléments de méthode Maçonnique

Notre loge, fondée le 15 janvier 2011, se nomme Santo Eustello, en référence à Sainte Eustelle[1] la patronne des Félibriges, mouvement crée par Frédéric MISTRAL pour la défense des valeurs et de la culture Provençale. Cet enracinement dans la défense de valeurs nous a semblé en accord avec le parcours Maçonnique des fondateurs. Il faut noter aussi l’étymologie de Eustelle, du grec « eu » beau ou bien et de « stello » parer ou orner. Frédéric MISTRAL adoptera la forme latine du nom Estello, pour faire référence à l’étoile (Estelle). Notre rite Français présente dans un premier temps une étoile à 5 branches, puis ensuite une étoile à 7 branches.

Notre devise est « agir pour connaître » qui présente une contradiction apparente à la raison commune, comment agir sans connaître ou sans savoir. La mise en tension de ces deux mots construit justement toute la profondeur de cette antinomie.

Il y a des années, au mois 15 ans, un frère de notre loge était venu nous parler d’une citation du Talmud dans un livre d’Emmanuel LEVINAS « Ou les juifs ont-ils appris ce secret des anges qu’il faut faire avant d’entendre ». Il m’avait à cette époque prêté une cassette du Grand Rabbin Sitruk qui racontait la façon dont les juifs ont reçu la Torah des mains de Dieu.

Je n’ai pas la qualité de conteur du grand rabbin en question mais l’histoire est trop savoureuse pour s’en passer :

« Dieu rassemble tous les peuples de la Terre dans une pièce, et leur dit, je suis Dieu, et je vous ai apporté la Torah.

 Les peuples manifestent leur intérêt, leur curiosité, discutent entre eux et font du brouhaha. Dieu impose le silence, parle à nouveau et dit : Je vous ai apporté la Torah.

Plusieurs peuples parlent en même temps et demandent, à quoi ça sert, comment cela fonctionne, que doivent-ils en faire, …

Dieu impose encore le silence et attend.

Un petit peuple (le plus petit) celui des juifs, lève la main et demande : J’ai une question. Pose ta question répond Dieu.

Le peuple juif demande alors : Dieu c’est juste pour savoir si tu nous donnes la Torah, car si tu nous la donnes, alors nous la prenons.

A ces mots, un grand silence s’impose à nouveau et un ange intervient dans cette scène et dit : Mais où les juifs ont-ils appris ce secret des anges qu’il faut faire avant d’entendre. » C'est-à-dire Agir avant de Connaître.

Confirmons le tout de suite, les juifs n’ont pas l’exclusivité de cette approche, car elle est commune à toutes les voies spirituelles. Il s’agit d’un élément incontournable de notre méthode Maçonnique qui nous est d’ailleurs délivré lors de nos premier pas dans notre spiritualité qui consiste à mettre l’homme dans une quête de la sagesse divine (verticalité).

 

Si un profane nous demande « c’est quoi la Maçonnerie ? ». Nous apportons quelques éléments de réponse, des témoignages mais invariablement nous sommes contraints à un moment donné de lui répondre « Si tu veux connaitre, viens et tu verras », sous entendu mets toi en action. Notre rituel d’apprenti nous confirme cela avec quelques mots : « Demandez et vous recevrez, frappez et l’on vous ouvrira », et bien plus avec sa fonction rituelle de mettre en actions, en mouvement des symboles.

Pourquoi cette réelle obligation ? La Connaissance avec un grand C est ineffable, c'est-à-dire qu’elle ne peut pas être circonscrite avec des mots qui ne représentent que notre raison, notre intellect.

L’illumination se donne en effet par la lumière et nous savons par expérience qu’il serait absurde de vouloir exprimer, énoncer, codifier, découper, une sagesse ineffable pour vouloir l’enfermer dans un credo, c'est-à-dire enfermer celle-ci par des règles rationnelles sur lesquelles on fonde ses opinions.

Cela reviendrait à vouloir transmettre une sagesse par la parole, ce qui est dangereusement naïf. « La lettre tue, mais l’esprit vivifie » [2] et l’esprit vient de Dieu (toujours cette verticalité). Ce point explique notre nécessaire croyance en Dieu.

Pourtant, me direz-vous, nous avons besoin de formuler nos propres crédos, pour ensuite avancer !

Le caractère délicat de cette remarque est que nous pouvons effectivement énoncer et accepter un crédo, mais que cela nous fournit une information mais pas une Connaissance.

Croire est une chose, savoir une autre et comme le dit Arturo Reghini,[3] « au lieu de croire qu’on sait il vaudrait mieux savoir qu’on croit ».

Ne pas oublier que répéter et accepter un crédo est déjà de l’action, une mise en mouvement qui conduit à l’actualiser.

Peu importe si l’on se trompe, l’important est d’avancer, car il y a bien pire que de se tromper c’est l’inaction !

Notre Maçonnerie vise au perfectionnement de l’homme ou, si l’on admet la chute de l’état primordial, à sa régénération. La sagesse se transmet par l’initiation et par le travail symbolique, qui consiste à mettre en œuvre (mouvement) des symboles, (c’est l’agir) pour ensuite Connaître, c'est-à-dire à entrer dans un plan de sagesse. L’intellect est alors déployé, infusé dans le cœur, il passe à une autre nature.

Ce sujet est inépuisable, et mériterait d’autres expressions beaucoup plus fournies … des expériences au-delà des mots.

Alors, que voulons-nous faire avec notre jeune loge, et notre tout récent chapitre ?

C’est une question que l’on nous pose souvent et qui reflète bien une certaine manière de raisonner.

Nous ne voulons rien faire, nous n’avons pas « d’objectifs » car nous projeter avec des prévisions et des analyses serait déjà nous faire entrer dans le monde spirituel en utilisant un fonctionnement pervers ce qui ne convient pas au monde spirituel. (Cela est pourtant bien adapté au monde profane, d’où la question initiale).

Et pourtant nous voulons tout ! Et tout de suite, c'est-à-dire rester indissociablement connecté avec l’essence de notre démarche, et dans le respect de nos méthodes.

C’est tout simplement et humainement impossible. C’est une folle ambition qui nous anime.  Beaucoup de dangers nous guettent, et pourquoi pas celui de se faire couper la tête plutôt que de renoncer, comme ce qui est arrivé à notre Sainte Eustelle. Mais disons le dans le creux de l’oreille : « sans risques pas de vie ».

Ce sont toutes les vitales difficultés que nous nous souhaitons à l’avenir.

 

Pour toutes questions : secr.santo.eustello@gmail.com

Nos dates de tenues : le 4ième mercredi de chaque mois, temporairement sur Marseille.    

 

Eric DECANIS

VM de la loge libre et souveraine Santo Eustello à l’O. de La Ciotat

Membre de l’Alliance des Loges Libres et Souveraines de Rite Français

Membre du Sublime Conseil du Rite Moderne pour la France (SCRM)

 

  



[1] Eustelle de Saintes ou Estelle de Saintes est une sainte catholique et orthodoxe dont nous savons en fait très peu de choses. Elle serait une contemporaine de saint Eutrope de Saintes, et aurait vécu, d'après la légende, au 1er siècle de notre ère. Cependant, elle n'apparaît dans la littérature chrétienne qu'au Moyen Âge, en particulier dans le Guide du pélerin de saint Jacques de Compostelle, dans le passage sur la vie de Saint Eutrope de Saintes. Dans la vie du glorieux martyre, saint Eutrope de Saintes écrite en 1612 par un anonyme Jésuite de Saintes, on la présente comme martyre. En voici, un extrait : "Ce n’est pas une petite perte pour ceux qui affectionnent la vertu que de n’avoir autres mémoires des actions particulières de S. Eustelle; nous y reconnaitrions sans doute le modèle d’une parfaite sainteté, même ne savons nous pas combien de temps elle vécut, et en quelle façon elle mourut. Le vieux Bréviaire de Saintonge lui donne le titre de Vierge et Martyre et en met la fête le 24 de Mai  ; toutefois il ne dit autre chose de sa mort, si ce n’est qu’ayant méprisé les plaisirs et honneurs du monde, elle souffrit une mort très glorieuse, et fut ensevelie joignant le sépulcre de S. Eutrope. Pourrait bien être que son Père, voyant que ni par prières ni par menaces il ne pouvait détourner sa fille de la Religion Chrétienne et de la promesse qu’elle avait faite à Dieu de garder entière et sans flétrissure la fleur de sa virginité, se serait tellement irrité, qu’oubliant toute affection naturelle, il aurait trempé ses mains dans le sang innocent de sa très sainte fille, comme fit Dioscore père de S. Barbe, qui trancha la tête à sa fille pour n’avoir voulu suivre son impiété et renoncer à Jésus-Christ."1

En 1655, elle est déclarée martyre dans le cartulaire du Prieuré de saint Eutrope (fête double). Cet état sera authentifié par Mgr Thomas, évêque de Saintes au xixe siècle seulement. Fête le 11 mai (Occident) et le 30 avril (avec saint Eutrope, Église orthodoxe). D'après la légende, son père était un Romain de haute naissance et légat de la ville de Saintes. Sa mère descendait d'une antique famille de druides. Ayant entendu les enseignements de saint Eutrope, premier évêque de la région, elle se fit baptiser et alla vivre auprès de lui en tant que disciple. Comme elle refusait l'apostasie, son père la fit mettre à mort dans les arènes de Saintes. Son corps fut enseveli dans le tombeau même de saint Eutrope, dont son père avait fait trancher la tête à la hache.

Son nom était à l'origine Eustelle (du grec eu, beau ou bien, et stello, parer ou orner) et elle fut pendant longtemps la patronne de la jeunesse chrétienne. La forme latinisée Estelle (étoile) est due au poète Frédéric Mistral, qui mit le mouvement félibrige sous la patronage de la sainte. Car, dit-il, « tels que les rois Mages, reconnaissant par là l'influx mystérieux de quelque haute conjoncture, nous saluâmes l'Étoile qui présidait au berceau de notre rédemption. » (Mémoires et récits, 1919). Aujourd'hui, de nombreux spécialistes remettent fortement en question l'existence même de cette sainte.

 

[2] 2 Corinthiens 3:4-9 (Louis Segond) : 4 Cette assurance-là, nous l'avons par Christ auprès de Dieu.5 Ce n'est pas à dire que nous soyons par nous-mêmes capables de concevoir quelque chose comme venant de nous-mêmes. Notre capacité, au contraire, vient de Dieu. 6 Il nous a aussi rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'esprit; car la lettre tue, mais l'esprit vivifie. 7 Or, si le ministère de la mort, gravé avec des lettres sur des pierres, a été glorieux, au point que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les regards sur le visage de Moïse, à cause de la gloire de son visage, bien que cette gloire fût passagère,  8 combien le ministère de l'esprit ne sera-t-il pas plus glorieux! 9 Si le ministère de la condamnation a été glorieux, le ministère de la justice est de beaucoup supérieur en gloire.

 

[3] Arturo Reghini, « considérations sur le rituel de l’apprenti  Franc-maçon » édition Arché Milano, 1985.

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Jean Michel VERBEKEN 11/09/2011 20:24



Bravo Eric,


Amitiès aux frères de ta Loge, meuilleurs souvenirs à toi.


Biz Jmi