Réflexions issues d’une visite rendue à une Loge libre et Souveraine

Publié le par Le Myosotis libre

Nous avons visité une R.L. Libre et Souveraine, fondée depuis un an par une douzaine de M.M. appartenant à une autre Loge qui avait pris sa liberté voici dix ans, en quittant pour  l’écrasante majorité de ses membres la G.L.N.F. puis en poursuivant ses travaux en toute indépendance et dans la sérénité retrouvée puis jalousement conservée.

Contrairement aux idées reçues, la Loge n’a pas périclité, pour ne plus être attachée à une obédience. Elle a au contraire prospéré puis essaimé. Les Frères qui sont entrés après la rupture, se félicitent de la sage décision de leurs aînés, laquelle leur évite de devoir supporter aujourd’hui le discrédit qui plane autour de tous ceux dont le Maître Spirituel défraye la chronique et jette le discrédit sur l’Ordre !

 

Par discrétion recherchée au profit de la pérennité des travaux, il nous a été demandé de ne donner aucun nom de Frère ni de Loge et de ne pas citer l’Orient. Le nombre de visiteurs est aussi volontairement limité à chaque tenue.

 

Une Loge Libre est donc née de la volonté de ses Fondateurs, comme cela était régulièrement le cas à travers l’histoire maçonnique des siècles précédents. En France particulièrement, où Pierre Mollier peut écrire : « jusqu’aux années 1760, les Loges vivent dans une quasi-indépendance ». D’ailleurs la première Grande Loge s’est vue interdite momentanément de réunion, du fait des désaccords musclés qui régnaient entre ses membres. Les agitations obédientielles remontent donc au début des obédiences. Mieux vaut ainsi s’en écarter, au nom de la paix et de la fraternité.

Les Loges de Paris comme de province pouvaient au contraire continuer à convoquer les Frères en tenue. Cette liberté est indiscutablement à l’origine du foisonnement d’initiatives démontré par la jeune Maçonnerie française à travers le développement de très nombreux grades et systèmes. Les uns éphémères, d’autres toujours bien vivant aujourd’hui, d’autres encore issus d’une fusion ultérieure entre plusieurs rituels de ces temps ouverts à l’expression des spiritualités.

 

Cette liberté s’est en effet exprimée naturellement à travers des groupements homogènes, désireux de fixer le dépôt précieux de leur culture, de leur philosophie, de leur religion. Particulièrement de la part des Frères juifs et réformés, rejetés de la société civile de l’époque. Les gourous contemporains avides de pouvoir temporel, de grand-messes consacrées à leur gloriole et de simplification outrancière de rituels considérés comme surannés, travestissent la tradition maçonnique. Pour combler ce vide, l’obédience fait croire qu’il ne peut y avoir de Loge, sans son autorisation préalable et l’allégeance des Fondateurs. C’est l’inverse : certaines Loges minoritaires et probablement partiellement bancales ont décidé un jour de se rassembler pour former une Loge un peu plus grande. Il en fut ainsi à Londres en 1717 pour quatre Loges, sans qu’aucun registre ne soit tenu durant les premières années ; il en fut également ainsi en France en 1913 où la future G.L.N.F. fut constituée à partir d’une Loge anglaise et d’une Loge française dissidente du G.O.F.

 

Des obédiences peuvent donc exister, si des Loges le veulent bien. Elles ne peuvent avoir qu’une finalité matérielle, car la Loge conserve seule la faculté de se réunir, d’initier et de transmettre. C’est ainsi que comprend sa tâche le nouveau Grand Maître de la Grande Loge Suisse Alpina qui déclarait à un journaliste désireux de savoir le souvenir qu’il souhaiterait laisser en tant que Grand Maître, à l’issue de son mandat : « Tout simplement aucun. Ce serait la meilleure preuve que tout a bien fonctionné au sein de l'obédience. Quel merveilleux cadeau! ». Ce n’est pas le cadeau que le Grand Maître de la GLNF laissera de son passage !

 

La Loge Libre et Souveraine que nous visitons, assume totalement la vocation initiatique qui lui revient. Elle reçoit, après une année de préparation, son premier candidat. Tous les Maîtres s’affairent pour disposer la Loge, pour tester la flamme des bougies et celle du lycopode. Rien n’est laissé de côté, qui puisse perturber le bon déroulement de la cérémonie.

Le grand moment peut commencer. Un Maître des Cérémonies magistral officie. Le candidat est impressionné mais aussi impressionnant de détermination et de conviction face aux épreuves. La qualité de sa préparation ressort pour le bonheur général. Une complicité supplémentaire est en train de naître entre tous ces acteurs, sur fonds d’un rituel qui porte toute la saveur de mots qui interpellent et de gestes qui provoquent l’émotion, avant de pousser à la réflexion.

 

Ce nouvel Apprenti a prêté, de sa libre volonté, devant cette Loge Libre et Souveraine mais aussi devant tous ses Frères répandus sur la surface de la terre, un serment qui fait bien de lui un Maçon de saint Jean, dans la plus pure régularité et tradition maçonniques.

 

Merci mes Frères de votre accueil et de votre exemple. Puisse-t-il faire réfléchir tant de Frères égarés sur les chemins obédientiels, et empêtrés dans leurs décors et bijoux de parades, loin des valeurs que nous venons de partager dans une parfaite fraternité.

 

A bientôt dans une Loge Libre et Souveraine, où se ressource la Tradition, et se transmet dans la discrétion le flambeau maçonnique.

 

Hervé, Maçon de saint Jean

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