La liminarité "négative" d'un F. de la Loge Libre "La Constance" O. d'Annecy

Publié le par Le Myosotis libre

Morceau d'Architecture d'un Frère de la

Loge Libre et Souveraine la Constance à l'Orient d'Annecy  

 

La liminarité "négative"

 

ou

 

De l'inutilité maçonnique de l'obédience

entre Obédience Métaux et Temple

  

 

[…] là où précisément le lieu

"se composant dans son harmonie prend, pour ainsi dire existence et comme conscience de lui-même".

 

Paul Claudel. " Le Temple de la Conscience". 1896.

 

 

 

L

es ateliers sont légitimement confrontés au devoir de "différance"[1] qu'ils s'efforcent d'assumer par rapport au cours normal de la socialité lorsqu'ils ont pour mission de "ne plus être dans le monde profane". La singularité de la Loge est à raison perçue comme exceptée de ce qui marque, définit et entretient la mondanité des rapports sociaux. La Loge maçonnique se définissant comme une coupure radicale par rapport aux positions structurales (Rivière), tout un ensemble d'incompréhensions est susceptible de venir questionner cette sorte d'évidement.

 

Sous prétexte d'élévation les débats s'étagent au gré de sujets relatifs à la mixité, au choix du travail symbolique ou sociétal, à l'existence de la "notion" de sacré en Loge, ou encore "le feu primordial brûle t-il ?" Mais le laborieux empilement n'offrant aucune autre vision du symbole et ne sachant plus très bien pourquoi est-on "là", on s'en prend à l'existant, on lève des étendards à dessein d'authentifier l'esprit dialectique alors que nous sommes bien dans une pure approche herméneutique où joue pour elle, son plus total inachèvement.

 

S'il fallait trouver le salut d'une réponse à ces tourmentantes questions, c'est Pascal qui nous le procure : "je laisse juger combien la matière est incapable de connaître la matière". En reprenant le vocabulaire Heideggérien, on pourrait traduire l'idée, en disant qu'à voyager dans l'univers des "étants" et s'inspirant d'eux comme source exclusive de pensée, il y a fort à parier que ne se profileront seules à cet effet, que des perspectives contingentées par eux précisément[2].

 

L'avancée exotérique se continuant jusqu'au moment de la conversion, c'est dans un monde complètement différent où il serait profitable de se plonger. Changement de régime de rationalité, saut épistémologique; le séjour dans la Loge n'offre dans ce sens aucun des repères habituels, pour que le groupe qui y siège soit confondu avec les ressorts d'une quelconque assemblée. En Loge ce qui s'accomplit c'est sa légende personnelle comme roman initiatique. Sa "queste". C'est le chemin du retour qui s'aventure au gré de sa geste symbolique vers l'Orient et sa  prometteuse éclaircie (lichtung et "la légèreté de l'être" cf. Fédier), livrant tout à la joie les trouvailles du dévoilement.

 

Selon Gilbert Durand la pratique maçonnique est une démarche qui va de l'extérieur vers l'intérieur. Cet intérieur s'approfondissant, vient une étape (un grade?) où la question de l'extérieur devient comme une lointaine surface, pratiquement étrangère à la réflexion maçonnique. Ce temps est celui de l'interprétation herméneutique des symboles qui ne possède pour seul horizon que la découverte de soi-même. C'est un travail de rapprochement avec soi, une sorte de colloque avec sa bi-unité qui restera comme un exercice spirituel ne sollicitant aucune fin valorisante. Ce qui s'exerce là, c'est la découverte qu'il est nécessaire "d'être à son existence". C'est cela même qui est assurément subversif, même si le nom des Lumières en interdit les irréparables débords parce que dangereusement irrationnels. Pratiquant ce genre de relation avec soi-même, alors se déploie t-il un autre espace anagogique que l'on peut tout aussi bien appeler l'âme (Platon) que le monde imaginal (Corbin). Cette intériorisation est une irrémédiable façon de "sortir vers soi-même", une ex-stase.

 

Contrairement au présupposé bien entretenu par l'esprit de réforme flanqué de sa secourable mission qui doit présider dans les ateliers - car se faisant il oblige la capitation, fait régner l'ordre et maintient l'obédience - c'est à un travail purement individuel auquel il faudrait se consacrer, le groupe n'étant là ni pour l'approuver ni pour s'y pencher, mais jouant dans le cheminement le rôle d'un espace de transition, de passage. Rien de collectif donc, que du singulier.

 

Alors que signifie dans ce contexte "déposer ses métaux à la porte du Temple"? Aimablement, l'usage voudrait qu'on laissât tout au moins ses passions,  ses excès et tout ce qui s'attache à la trop immédiate réaction émotive. Il faudrait laisser au vestiaire toutes les apparences de la position sociale pour se présenter nu devant la vérité(?) comme à la visite médicale. Il faudrait pour un temps faire preuve d'oubli de sa condition comme gage de vertu et d'allégeance devant la hiérarchie…C'est donc fortifiée et respectueuse de cette sorte de discipline que la maçonnerie, surtout obédientielle, croit tenir la faculté d'être une antichambre parlementaire ou en bon auxiliaire, satisfaire à la main gauche du législateur…

 

La chose, si elle avait conservé son authenticité première, irait quand même un peu plus loin. En reprenant cette magnifique définition de Bruno Etienne à propos de la Loge, on peut dire avec lui qu'elle est en premier lieu, une communauté pneumatique. Elle l'est, elle le devient quand chacun de nous aura donc déposé ses métaux. Déposer ses métaux à la porte du Temple, c'est faire en sorte que la Loge soit une communauté pneumatique. Qu'est-ce à dire?

 

La communauté est une contre structure (Turner). Elle existe, elle apparaît, là où la structure n'est pas. La structure mais bien d'autres choses encore… En tous cas, exit l'obédience. Pneumatique, car cette communauté n'assoit pas sa cohérence sur un sens qui occasionnerait un lien dans une sorte de proximité affinitaire, mais au contraire entretient un lien qui lui-même fait sens et que trop habituellement et de manière explétive on appelle fraternité. Ce lien puise sa résistance dans l'indéfinissable secret du processus d'initiation car le mythe réunit là où l'idéologie sépare (Durand). Ce lien ineffable, dont personne ne peut se saisir et qu'aucun ne peut arraisonner, c'est la corde d'or de Zeus : c'est le souffle. Pneumatique donc.

 

Ainsi la loge n'est pas une institution au sens très discuté de Marx et Engels jusqu'à René Lourau. Elle n'est pas une institution car s'exceptant de tout rapport avec l'institué, la Loge "souveraine" ne peut s'entretenir avec une quelconque force instituante (la mixité par exemple), ce qui la reconduirait dans la surdétermination de l'infrastructure. La seule force instituante en Loge c'est l'initiation et la consubstantielle épistémè qui l'accompagne. Dés lors peut-on comprendre qu'elle ne soit pas régie par les mêmes impératifs dialectiques et sociaux que ceux qui fondent la vie en société. Ici, dans cet ailleurs toujours naissant, il faut activer sans cesse les ressorts de la liminarité, les potentialités d'un ailleurs et définir constamment la fragile et exigeante étendue négative au sens Hégélien du terme. Nous venons de passer de la structure formelle à la règle nécessairement informelle qui pourtant possède sa propre légalité. Pour que cette liminarité vive et s'exerce, il faudra l'accepter comme produit du rituel et non comme simple préalable de celui-ci. Si l'on veut bien s'y pencher, ce climat de travail s'apparente à la règle d'abstinence que l'on rencontre dans la psychanalyse freudienne : " ça n'a jamais été, ça n'est pas et ça ne sera jamais", ceci pour se tenir définitivement à l'écart de toute tentative de réification[3], refuge des faibles et gloire des maîtres de leçon de choses, précisément… Celle la même qui fait de Marianne ou de Jean le militant credo! Celle la même qui pervertit la communauté pneumatique en communauté d'intérêts…

 

La liminarité  - restant une visée qui sous-tend donc le rituel - est un travail d'éloignement vers un ailleurs. "C'est vouloir et subir la nuit, l'opacité. Puis concevoir le jour comme le retour, rétablissant miraculeusement une nouvelle transparence" (Starobinski).

 

Ainsi "déposer ses métaux à la porte du Temple", c'est accepter deux dimensions : la déréliction et la réduction phénoménologique.

 

La déréliction est en premier lieu, une acceptation : celle d'une blessure narcissique. Ce sentiment vient après les multiples facéties de la vie, où on accorde à la conscience dans un après coup, que le projet de maîtrise dans sa relation au monde est impossible, que ses propres projections sont porteuses d'illusions bref que le jour manifeste demeure en dehors de toute préhension.

 

Là c'est le domaine des croyances et des secours idéologiques qui est mis à mal. Et vient le jour d'une sorte d'exténuation, d'abandon des certitudes et plus encore d'une aporie en tout objet de pensée. L'idée même du sens est complètement dévitalisée. L'état d'abandon est total et les derniers cris adressés à d'impossibles Dieux restent sans voix ni retour…Le processus est d'ordre énantiodromique (Wunenburger), car étant parvenu à sa propre extrémité, sa continuation ne peut s'effectuer que par mutation, renversement ou conversion.

 

C'est d'une certaine façon avoir fait le tour des choses, non comme une conquête, mais dans un véritable et profond sentiment que l'essentiel s'en est allé, laissant là "la cogitatio" comme éplorée, l'intentionnalité ayant tout autant perdu son objet. Alors orphelin faut-il que j'aille, sans me retourner, vers un autre monde - qui n'est peut-être rien d'autre que mon être - reconduisant là une puissante poussée orphique…Ce "vas vers toi" ne peut s'entendre que dans la clameur d'un murmure presque désincarné.

 

Avant de rentrer dans le Temple il est donc nécessaire de déposer ses métaux, au point même d'accepter de tout laisser, comme une façon d'échouer sur la grève après le naufrage, seul et sans force mais pressentant que cette déréliction est un seuil et sa traversée l'initiation. Rien ici ne s'apparente à une quelconque pente dépressive ou au renoncement. Au contraire, un cycle s'achève opportunément et énergise une autre phase de perception qui conduira à l'exploit initiatique dont la diégèse est le chemin du retour. C'est donc la fin de ce que nous avons appelé l'avancée exotérique pour une plongée ésotérique qui s'offre non comme une antithèse mais comme une approche et une interprétation (la différance).

 

La déréliction donc, vise à porter atteinte à la suprématie du langage (une autre institution) parce qu'elle considère celui-ci comme un moyen de médiation de la croyance et de l'illusion. Alors sans vouloir le faire disparaître sous peine absolue d'une impossible interlocution, elle cherche à l'exténuer, à en pointer les limites et à précipiter même la pensée comme un défaut du langage (Venstein).

 

Cela veut dire que la déréliction est un travail aussi qui rend le langage impuissant jusqu'au moment où son pouvoir référentiel exsangue cette fois, réclame d'être remplacé par une autre instance. La pensée ne prendra plus source dans les mots, mais dans les images (ut pictura poesis). Ces images seront celles "émanant" du monde imaginal, celles qui surgissent entre sensible et intellect.

 

Le silence est ici le moyen de médiation le plus puissant pour y accéder. Ce que l'on s'accorde, c'est la faiblesse des assertions, l'inutilité de toute axiomatique, le nécessaire travail de recourbement de sa pensée. Il y a dans le langage la reconnaissance d'une forme d'impossibilité (on ne peut gagner le Dire du Dit sans ambigüité, Levinas), l'accès à cette limite signalant pour son esprit, le franchissement vers une spiritualité qui n'est pas une forme de compréhension, mais la joie "profuse et débordante" (Plotin) de l'interprétation.

 

"Déposer les métaux à la porte du temple" constitue donc ici un préalable. Nous allons voir que cette recommandation est aussi constitutive du fonctionnement interne de la loge, "interne" n'étant là qu'une notion approximative et une facilité pour pouvoir le localiser.

 

Processus spécifique de la phénoménologie de Husserl, la réduction phénoménologique - ou réduction transcendantale - consiste en un effort pour arriver à la source de la signification du monde vécu à travers un mouvement qui fait qu'on cesse de voir celui-ci d'une manière naturelle et quotidienne pour le voir d'une manière réflexive en tant que phénomène pur.

 

La loge n'est donc plus un lieu. Elle est bien plus une parenthèse éclairée dans la nuit de la doxa. Selon Henri Maldiney ce « entre », locatif absolu, n’est l’entre-deux de rien. Il est en fait le seul "ouvert" authentique, dans lequel l’être-le-là (Heidegger) « s’apparaît ». Ce qui apparaît se découvre de soi-même, à partir de rien. Apparaître c’est s’ouvrir en s’éclairant à soi. Voilà ce qui s'effectue dans une Loge où la réduction phénoménologique au nom de "déposer ses métaux", se réalise à son tour.

 

Cela veut dire que la Loge n'existe pas matériellement mais "imaginalement". Elle repose sur un substrat concret nécessairement, n'étant pas nous-mêmes encore de purs esprits…La loge est en effet "circonscrite" de manière approximative (coupure sémiotique), la seule nécessité étant d'avoir tracé le rectangle. Alors le décor est-il sommaire et son dépouillement obombré. Non pas pauvre et obscur ce qui serait une tout autre façon de les qualifier : la réduction phénoménologique quant à décrire la Loge, tient à la mesure de cette distance là. C'est le rien à partir duquel l'initié peut s'apparaître.

 

La lumière est faible parce qu'elle vient de se retirer. Ce qui nous entoure est en quantité limitée car ce monde est en train de se créer. Cette réduction phénoménologique possède donc un rapport direct avec le fait de se déplacer vers une origine, vers un lieu, vers une antériorité quasi pré-ontologique. Ainsi ce monde apparaît-il dans une sorte d'émergence quand les motifs de la socialité ne sont eux-mêmes pas encore nés. Ceci doit se comparer sous la portée d'une notion hébraïque, où il est accepté que la lumière suressentielle après s'être retirée laisserait la vie se manifester, les eaux pareillement se retirant, laissant apparaître la terre et la féconde et primordiale obscurité (Ouaknin, le Tsimtsoum).

 

La tentative ici est d'être dans un monde préréflexif, là où il n'y a pas encore pour le signifiant d'allocation au signifié (Ricœur), là où toute pensée reste une pensée (sauvage) qui n'est pas dévaluée ni par le langage ni par la temporalité. Nous serions en Loge comme des enfants qui venant de naître seraient livrés à la reconquête de l'oubli qu'ils viennent de subir. L'infans aurait à lui la nécessité de tisser avec le ciel, le lien (l'éclair) qui vient de se rompre. La loge évidée permettrait alors d'en apercevoir l'infinie fécondité et la propice direction  (l'Orient) pour tresser l'âme qui vient de se déchirer[4].

 

C'est ce recommencement à partir de cette origine qui est notre propre commencement, notre initium, ce point de départ étant placé à la fin du parcours exotérique. Il ne peut donc être qu'admis d'emprunter ce chemin en se dispensant des "étants" qui traversent notre contemporanéité, se détournant ainsi de la répétition et sa mortifère compulsion.

 

De l'initiation alors, "rien" n'avère qu'elle ait eu lieu parce que cette origine en effet n'est d'aucune historicité. Il faut insister en précisant avec Kierkegaard que l'origine en question n'est pas à découvrir en arrière de nous comme un savoir historique, mais à actualiser comme instant de décision. Dans cet instant de décision paradoxal, la vie s'origine une seconde fois : c'est la chance inédite de pouvoir confier son espoir maintenant à un "(re)commencement", avec cette promesse que l'initiation est étrangère au retour du même étant au contraire, "perception de l'infini". "Le retournement du temps dans la répétition spirituelle, écrit-il, […] ouvre à la plénitude du temps". Et ce qui pourrait s'occasionner là, c'est la figure de "l'inespéré", c'est-à-dire l'écoute de ce qui parle depuis cette origine et que nous cherchons à explorer de manière exclusivement singulière en dehors de toute socialité. A cette fin, l'initiation ne sollicite pas le Moi mais favorise le déplacement de son centre de gravité vers le Soi.

 

Le logos de Héraclite - l'éclair - ou le logos intérieur (Philon), cette parole sans mot et sans référence sinon celle du silence qui la précède, serait donc la tension de tout initié. C'est la parole perdue, l'incommensurable horizon étant infini alors comme celui de la vie et de l'Homme sans jamais être limitrophe d'un empyrée républicain ou plus encore du pré carré de la société. Ainsi ce logos se loge t-il dans le nulle part du Principe inaugural de l'initiation (an-archie Levinas[5]).

 

C'est pourquoi cet univers évidé (Weil) sous l'effet de la réduction phénoménologique, ce monde sommaire et obombré doit-il au gré de sa liminarité, mettre à distance négativement, en "dehors" de la Loge l'institution, la religion, le temps linéaire, la mixité, la réification, la signification, la mémoire, la relation même et certainement le Moi qui favoriseraient la voie du multiple alors qu'il s'agit au motif de la conversion - épistrophé et métanoïa (Hadot) - d'un retour vers l'un aux confins du Soi. Tout ceci de la même manière qu'en droit, s'oblige t-on à congédier le sensible pour les motifs que sa logique propre lui assigne. C'est ce que l'on peut désigner ici par "liminarité négative".

 

"Déposer ses métaux à la porte du Temple" c'est donc mettre au repos le désir dans ce qu'il nécessite comme rapport au monde. Ainsi le retrait, le taire, le recevoir, l'accepter, l'abstinence, la tempérance deviennent-ils des praxis. Là, toute descente en soi devient une action sur le monde parce que cet acheminement est tout autant individuation du Soi que facilitation "d'être à son existence". Voici pour chacun au sein du Temple ce qui comme horizon, se mature et s'ambitionne.

 

Les métaux - ceux qui forgent l'Obédience - sont eux définitivement oubli de cette existence parce qu'ils convoquent comme un évitement à la perception de cette essence, le cours idéologique, libidinal et organisationnel de ce qui ne serait plus alors qu'un parvis en effervescence.

 

09 IX 09

 

45°54’08.19 N

06°07’31.28 E

 



[1]  (J.Derrida) c'est-à-dire la nécessité double d'accepter les limites du langage et donc de les dépasser par l'interprétation.

[2] Peut-être voudrais-je dire que tout étant est "quelque chose" (aliquid). Et on pourrait s'arrêter là idéologiquement, pour ne pas avoir à penser que cet étant puisse être "autre que quelque chose" (aliud). Mais ce serait s'absenter du fait que ce "quelque chose" peut aussi être le bénéficiaire d'un surcroît, car "l'âme est de toutes choses" (Saint Thomas d'Aquin), faisant passer cet aliquid à l'aliud. La tendance est pourtant de toujours se contenter de l'étant comme une res - comme quelque chose de purement définissable - cédant à une mêmeté qu'ambitionne toujours la réification.

[3] La notion-clé est ici celle de réification, reprise de G. Lukacs (1960) et de J. Gabel (1962), qui désigne "le procès par lequel une idée, ou un ensemble d'idées s'autonomisent, se substantialisent ( res, la chose. Cf supra note n°1), en quelque sorte, en figeant toute démarche dialectique, pour fonctionner désormais indépendamment de la praxis, c'est-à-dire au mépris de toute forme de réalité extérieure".

[4] Voir le sens de ordo terme qui désigne le commencement (et de ritus de la même étymologie qui signifie ajustement, assemblage, mettre à la place qui convient). La notion d'ordo se rapporte au tissage (figurant parmi les arts premiers) par l'existence d'un terme spécifique : ordior - que l'on retrouve dans ourdir - : autrement dit non seulement le fait lui même de tisser mais préalablement, le fait de commencer à tisser, de mettre "originellement" les fils sur le métier : "ordo ab chao", cet "après chao" de la vie profane, étant donc l'entrée dans la temporalité initiatique…De ce point de vue une initiation pourrait s'entendre comme une "ordination". Si on va plus loin ordinare en droit privé veut dire établir son testament. (Voir aussi la valeur d'ordo chez St Augustin).

[5] Anarchie (notion totalement étrangère à la dimension politique, si ce n'est qu'elle s'affirme en dehors de tout ordre) : résistance donc à toute idée "d'arkhê" qui rend précisément asymptotique une éventuelle relation avec une quelconque notion de Principe. Pour Levinas, le commencement ne se trouve pas nécessairement au commencement. Il est peut-être précédé par "ce qui ne saurait se synchroniser, c’est-à-dire, par ce qui ne saurait être présent par l’irreprésentable" (Autrement qu'être). Il n'y a pas de possible tissage avec l'idée d'origine, cette antériorité masquant une autre antériorité qui la précède…Ce qui veut dire concrètement "que le soi de la conscience de soi (de sa subjectivité) ne coïncide pas avec la conscience ni ne la présuppose" (Sujet et Altérité). L'anarchie fait passer le soi de l'idée d'une entité à celle d'une matrice, là où s'origine intemporellement mais approximativement, l'irreprésentable. Ainsi n'est-on jamais en relation avec "l'Origine" mais avec sa subsistance, avec son actuel souvenir. Avec sa trace. Avec ce "à partir de rien" d'où nous avons dit que la pensée maçonnique dans le Temple s'achemine, progressant seule mais accompagnée du visage de l'altérité.

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Luc AUDY 31/05/2011 09:06



BAF, excellente Planche! Puis-je la reprendre telle qu'elle est sur le site de notre Loge:


http://sites.google.com/site/lapierrelevain/


Bien frat


Luc


 



Le Myosotis libre 06/06/2011 10:08



Sans problème ... la seule condition, tu donne la source. Frtarellement Victor