L'heure des choix

Publié le par Le Myosotis libre

 

  Myosotis r

 

Notre dernier Cahier des Amis de Roger Girard illustrait, sous le titre prémonitoire de Pouvoir temporel et force spirituelle, comment les groupements humains avaient inexorablement tendance à remplacer la vocation originelle qui avait présidé à leur éclosion, par des dogmes assassins, où la contrainte de la règle remplaçait la cohésion de l’esprit, où la volonté de pouvoir remplaçait la puissance de la conviction, où l’ambition de régenter pour tous remplaçait le libre cheminement accidenté de la quête individuelle.

L’histoire des civilisations a montré ce qu’il fallait penser des dictatures qui prétendaient faire le bonheur des peuples ; l’histoire des religions a montré jusqu’à quelles extrémités pouvait aller le désir de faire partager sa foi ; nos ancêtres, fondateurs des différents courants maçonniques du XVIIIe siècle, ont montré combien ils entendaient opposer à ces débordements d’absolutisme, leur culture de l’humilité, leur affirmation de l’accès au bonheur par le libre échange entre Créateur et créature, leur détermination à ouvrir l’accès des Loges à une fraternité universelle, débarrassée des fausses querelles et des contraintes, issues des clans et des chapelles.

 

Quel est aujourd’hui le paysage de la Maçonnerie française laissé par les héritiers de Désaguliers, Roëttiers de Montaleau, Willermoz, Tschoudy, Francken, Morin et autres de Grasse-Tilly ?

 

La GLNF, après avoir recueilli tous les héritages, excepté celui de la Maçonnerie égyptienne de Memphis et Misraïm, illustre aujourd’hui la perte totale des repères entraînée par la volonté d’expansion et la multiplication des ambitions humaines.

La croissance démesurée a écrasé la place qu’il convient de réserver au travail symbolique des Loges, la protection du particularisme qu’il convient de respecter pour chaque rite, la modicité des moyens matériels et financiers, nécessaire à la préservation de l’esprit et à la culture de la fraternité.

La croissance démesurée a condamné notre tradition orale issue de l’Art de Mémoire, sur l’autel d’une « légifération » à outrance, source de condamnation de l’Esprit sous les coups du Maillet, symbole du pouvoir temporel et de la mort de l’Architecte.

La croissance démesurée a sacrifié le respect de l’épanouissement individuel, la discrétion maçonnique et la primauté du Maître de Loge, sur l’échafaud dressé au profit des leurres sanguinaires qui se nomment : volonté de pouvoir, attraction médiatique, ambition politique.

 

Mis en minorité et conspué, l’homme qui a présidé à un tel fiasco n’hésite pas à briser le sens de l’honneur en affirmant se maintenir contre vents et marées. Surtout contre tout espoir de retour à la paix et aux traditions qui nous avaient rassemblés.

 

Que faire alors ? Examinons le paysage maçonnique français actuel. Où se trouve la Régularité initiatique ?

 

A ceux qui pensent qu’elle tient à une Patente, j’indique immédiatement que bon nombre de Patentes du XVIIIe siècle sont bien connues des historiens pour être fausses et avoir été rédigées sur un coin de table, en se référant à des origines lointaines gratifiantes mais parfaitement erronées. Comme les Constitutions d’Anderson qui font remonter la Maçonnerie à Adam et Eve !

Pour exemple, la Patente dite ‘‘Gerbier’’ récupérée par le Grand Chapitre Général de France, lors de sa fusion avec le Grand Chapitre de France, sur laquelle le Rite Français assoit la régularité administrative de ses Grades de Sagesse, et qui constitue un faux antidaté manifeste !

Par ailleurs l’usage du XVIIIe siècle n’était pas de donner des Lettres Patentes à une nouvelle Loge. Les Loges se créaient spontanément, accueillaient des Frères visiteurs proches ou lointains, faisaient la preuve de la qualité et la continuité de leurs travaux ; ensuite les Loges voisines faisaient un rapport au Grand Orient de France qui pouvaient adresser à la Loge qui recevait l’approbation de son entourage, une délégation leur apportant sa reconnaissance officielle et son numéro dans la matricule de l’obédience. 

La reconnaissance de la Régularité initiatique, qui entraînait une reconnaissance administrative ultérieure et secondaire, tenait à la qualité humaine des hommes qui ‘‘formaient Loge’’, à la qualité de leurs travaux et à la conformité du rituel appliqué avec les nombreuses moutures en usage.

 

On remarque aujourd’hui une recrudescence de Loges libres travaillant aux différents rites. Pour un grand nombre d’entre elles, leurs travaux pourraient servir de modèle du genre pour toutes les ‘‘grandes obédiences’’ ; l’esprit de leurs travaux respire celui de la tradition maçonnique et le perpétue dans la discrétion du bien qui ne fait pas de bruit.

 

Le Val de Loir vient de nous apprendre qu’il se constitue en ‘‘Province autonome’’ rassemblant 47 R.L. Voilà un bel exemple de fraternité vécue et assumée dans une parfaite continuité initiatique. Sur le plan obédientiel, la LNF assume sur la région parisienne depuis plus de 40 ans cette même logique de préservation de la qualité du travail maçonnique, de sa dimension initiatique et de la spiritualité qui doit continuer à primer dans l’organisation temporelle de la structure.

 

Aux Frères qui se sentent isolés et ne savent que faire et où aller, les rituels maçonniques expliquent tous qu’il faut accepter que nos outils soient brisés, nos travaux antérieurs ruinés, les Maçons dispersés, pour que la Lumière puisse rejaillir des ténèbres et nos travaux retrouver toute leur authenticité.

Prenez le bâton de pèlerin qui accompagne tout Cherchant, visitez donc mes Frères et vous serez surpris de voir la chaleur qui se dégagera autour de vous, la parfaite pratique cérémonielle à laquelle vous apporterez spontanément votre contribution, la présence du GADL’U au cœur de ces travaux.

 

A ceux qui font le choix de rester au sein de l’obédience qu’ils pensent pouvoir ramener de l’intérieur à la régularité, je pose cette question : « Considérez-vous que ceux qui étaient hier à vos côtés, doivent être désormais bannis ou accueillis en Maçons libres ? »

 

Si vous considérez que le fait d’avoir choisi en conscience de préserver ses engagements et la tradition régulièrement reçue, ne permet pas d’être accueilli dans votre Loge ; si le fait de frapper en Maçon à la porte ne provoque pas la réponse préconisée par l’Evangile : « Frappez et l’on vous ouvrira », alors vous justifiez les départs massifs en cours, et la résolution de votre Président de s’accrocher à sa fonction.

Si vos Frères d’hier ne sont pas les pestiférés d’aujourd’hui, ne manquez pas de nous le faire savoir, nous frapperons à la porte, nous nous embrasserons en Frères, nous invoquerons ensemble le Grand Architecte qui fonde notre fraternité, nous nous enrichirons mutuellement de nos lumières respectives et vous aurez fait la preuve de votre autorité, hier contestée, demain, je l’espère vivement, reconquise.

 

A bientôt peut-être à la croisée de nos chemins respectifs ? Avec toute mon affection fraternelle, quelque soient vos libres choix.

 

Hervé Vigier

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Hervé Vigier 09/05/2010 16:44



Tu as parfaitement raison, mon TCF Jean, il est indispensable que ce soit la Loge à travers son Vénérable, gardien de l'harmonie, qui seule décide de qui elle désire recevoir et de qui doit
rester en dehors.


La Régularité ne résulte pas d'un décret administratif qui pourraît exonérer celui qui le détient de tout devoir et de tout sens du comportement, comme nous le voyons actuellement de la part de
celui qui s'accroche d'autant plus à son doux titre de GM, qu'il n'en a démontré aucune des qualités attendues.


La Régularité initiatique que nous sommes venus chercher, résulte de la capacité des Frères réunis à former Loge ensemble dans l'harmonie fraternelle ; de l'authenticité traditionnelle du rituel
pratiqué ; enfin de la part de celui qui frappe à la porte de la Loge, de sa capacité à recevoir la Lumière qu'il demande.


La GLNF aujourd'hui n'est plus régulière. Vouloir y recevoir un nouveau Frère relèverait de l'hérésie. Sauf chez ceux qui se sont mis en dehors de la férule de sa direction profane contestée.


En revanche il se crée bien des Loges libres, au sein desquelles tous les Frères ne recherchent que leur propre perfectionnement moral, et aucun tremplin pour donner libre cours à un quelconque
appétit de pouvoir ou d'honneur. Elles ont le sens de l'accueil, de l'écoute, du travail fait avec coeur mais sans autre prétention, de la simplicité et l'authenticité des échanges, de
la fraternité des comportements, du respect des différences.


C'est là qu'il fait bon retrouver une fraîcheur maçonnique, si douce au coeur de ceux qui ne sont venus ni pour l'affairisme, ni pour l'épanouissement de leur ego maltraîté dans la vie profane,
ni pour donner à leur appétit intellectuel quelques cours du soir. C'est là que j'espère nous nous retrouverons tous bientôt.


A très vite donc, mon TCF Jean. Je t'embrasse fraternellement.


Hervé



jean moutet 08/05/2010 16:35






merci mon très cher frère Hervé pour cet écrit éclairant !!!


tous ceux qui depuis des années, isolés dans leur tour d’ivoire, n’ont cessé fiers et un peu méprisants de jeter au visage des autres « nous sommes les seuls Maçons, car les seuls Réguliers
et vous n’êtes que de vagues cousins ayant emprunté une voie substituée !!! « ,  feraient bien aujourd’hui de s’interroger si ce n’est pas
cette affirmation martelée comme un mantra qui serait en partie responsable de l’aveuglement inimaginable de nature sectaire qui a conduit la GLNF à l’état résolument anti-traditionnel tel que
nous la découvrons jour après jour dans nos gazettes …


j’espère que les frères de la future GLNF régénérée auront à coeur de voir à côté d’eux d’authentiques frères ( et sœurs ) et non des contrefaçons illégitimes !!!


fraternellement


J.M.



Perce-neige d'Alsace 07/05/2010 12:10



comme toi, mon Frère Hervé,


nous aspirons à un renouveau...


d'aucuns parmi nous , rencontrent des difficultés à réaliser l'évidence, savoire, que la maçonnerie "régulière" ne se reconstruira pas de l'intérieur (de la Glnf) comme je l'avais d'ailleurs
moi-même espéré, mais en re-construisant ; en consultant les avis ici ou là à propos du futur projet de reglements, chartes et autres statuts, je m'aperçois que peu d'entre eux sont prêts à
abandonner leur tablier bleu, et à concevoir dans les "provinces" une stucture profane, destinée à soulager la paperasserie des Loges dans leurs besoins matériels;


ceci ne peut qu'encourager la fermentation du terreau de l'ambition ; je l'ai vécu partout autour de moi, comme un noir mal pernicieux et pesant, accordant à soi-même la pureté d'intentions qu'on
ne prête pas aux autres FF : "circulez, il n'y a rien à voir"


je reviendrai (peut être) à la Glnf, si :


1er point : on travaille avec des rituels purs et non bidouillés (exit les Rituels made in FS, et autres JCF, de surcroît écrits en mauvais français)) pour revenir aux beaux textes du coeur


2è point : la Loge est souveraine et reconnait dans son Véné, le seul chef de l'Ordre


3è point : le président de l'Obédience est élu, non pas par les seuls Vénés, mais par les Loges, et gère le profane, (le GM pouvant d'ailleurs être un autre FF)


comme je fais partie des rêveurs, j'ai fini par me dire qu'ailleurs l'herbe était plus verte...,


que nenni !


sauf des les obédience où il n'y a pas de province, (ACGL en RFA entre autres) il s'avère que l'ambition croît à mesure du poids des tabliers


consternant


ainsi va la nature humaine, mais je ne suis plus preneur, c'est lassant et j'ai autre chose à faire alors je resterai maçon régulier autre Rhin, chez nos amis et voisins de RFA, où l'on peut se
considérer comme heureux, d'être accueillis avec amour fraternel vrai et sans tache


à tous mes Frères,


laissez tomber cette Glnf-là, pour mieux reconstruire une nouvelle maçonnerie régulière


je vous embrasse tous


Perce Neige d'Alsace